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Aide humanitaire en Australie suite aux incendies : s’engager sur place ou faire un don ?

Aide humanitaire en Australie suite aux incendies

Photo : bertknot sous licence CC BY-SA 2.0

Depuis le début de la saison des feux de brousse en septembre, l’Australie est ravagée par des incendies. En plus des victimes humaines et des milliers de personnes contraintes de fuir leurs habitations, il s’agit d’un drame sans précédent pour la faune et la flore australienne. À l’heure où nous écrivons cet article, on parle de plus d’un milliard d’animaux ayant péri dans les flammes.

En tant que portail spécialisé dans le volontariat responsable à l’étranger, nous observons chez nos visiteurs depuis quelques semaines une volonté de s’engager en Australie, notamment en faisant une mission de volontariat pour s’occuper des koalas, des kangourous, et des autres espèces d’animaux sauvages particulièrement touchées par ce drame.

Dans cet article, nous vous aidons à y avoir plus clair sur les bonnes (et les moins bonnes) manières par lesquelles vous pouvez aider l’Australie à traverser cette crise.

Faire du volontariat dans les zones touchées par les incendies

Nous vous le disions dans un précédent article publié à l’occasion de l’ouragan Irma en 2017 : en situation de crise (humanitaire, catastrophe naturelle, etc.), sauter dans l’avion pour s’engager sur place n’est généralement pas le bon réflexe. En effet, l’aide humanitaire est une affaire d’expert, et la venue de volontaires occidentaux non expérimentés peut être contre-productive car :

  • des bénévoles inexpérimentés sont susceptibles de gêner le travail des professionnels qui sont en première ligne (secouristes, pompiers, etc.)
  • les volontaires venant de l’étranger représentent des personnes supplémentaires à loger et des bouches en plus à nourrir (ressources qui sont précieuses en situation de crise)

Cela est également valable pour l’Australie, que ce soit pour la lutte contre les incendies ou la protection d’espèces touchées par la catastrophe comme les koalas ou les kangourous.

Dans le cadre de nos recherches pour cet article, l’ONG Wildlife Victoria nous a indiqué crouler sous les demandes de bénévoles souhaitant faire le déplacement pour les soutenir dans leur action, et précise que « les soignants et les refuges pour la faune sauvage sont tellement débordés pendant cette situation de crise qu’ils n’ont pas le temps de former de nouvelles personnes ».

S'occuper des koalas en Australie

Photo : Ausgrid photos sous licence CC BY 2.0

Même constat du côté de l’ONG de protection de la faune sauvage WIRES, qui nous a indiqué que « ceux qui souhaitent prendre part à des actions de secours et de soins à la faune sauvage doivent détenir une licence émanant d’une agence gouvernementale et les actions de soins à la faune sauvage sans une licence sont illégales dans l’état de la Nouvelle-Galles du Sud (où opère WIRES, ndlr). Pour obtenir une licence, il faut passer une formation de sauvegarde de la faune sauvage afin d’assurer que les animaux blessés, malades ou orphelins reçoivent les meilleurs soins possibles ». Or, cette formation nécessite du temps et des ressources que ces organisations ne peuvent pas dégager au vu de l’urgence de la situation.

Il faut également ajouter que de nombreux refuges ont été contraints de fermer à cause des incendies.

Si la volonté de participer à l’effort d’aide humanitaire en Australie en se portant volontaire sur place est tout à fait louable, on comprend donc qu’il ne s’agit pas de la meilleure façon de s’y prendre.

Ce n’est qu’une fois la situation de crise passée, lorsque l’on en vient à la phase de reconstruction et réhabilitation (voir schéma ci-dessous), que la venue de bénévoles motivés mais avec pas ou peu d’expérience peut avoir un sens.

Traduction du Cycle de l’aide d’urgence : Croix-Rouge allemande

S’engager en Australie ou en faveur des animaux, c’est quand même possible 

écovolontariat en AustralieLes régions touchées par les incendies sont actuellement au centre de l’attention, mais tout le pays n’est (heureusement) pas en feu, et il existe des projets de volontariat en Australie qui sont aujourd’hui encore en activité, car loin des zones sinistrées. Nous vous conseillons de poser la question directement aux organisations de volontariat pour en savoir plus, et pour suivre l’évolution des incendies et voir si la région que vous visez est concernée par les incendies, vous pouvez consulter cette carte interactive mise à jour toutes les 2 à 4 heures.

Trouver une mission en Australie

Volontariat en soins animaliersEn outre, il existe de nombreuses possibilités pour s’engager en faveur de la faune sauvage en Afrique, Asie, Europe, Amérique du Nord et Amérique latine ainsi qu’en Océanie. Si ces projets reçoivent en ce moment moins d’attention et ne font pas la une des médias, il est tout aussi utile de vous y engager comme bénévole. Qu’il s’agisse de singes en Argentine, d’ours en Roumanie, de pingouins en Afrique du Sud ou d’orangs-outans en Malaisie, ces animaux ont également besoin de soins et de protection.

Trouver une mission en faveur des animaux

Faire du volontariat en Australie une fois la crise passée 

Dans les semaines ou mois à venir, lorsque la vie aura repris un cours plus ou moins normal dans les régions d’Australie touchées par les incendies, des programmes verront certainement le jour pour tenter de réparer ou compenser les dégâts causés par la catastrophe. Une fois la phase de reconstruction et de réhabilitation entamée, la venue de bénévoles sera de nouveau encouragée, et les équipes sur place auront plus de temps pour les former.

Il faut par exemple s’attendre à la création de projets de reboisement, où des bénévoles, même avec peu d’expérience, peuvent se rendre utiles.

Les centres de soins pour la faune sauvage et autres projets animaliers ouvriront également à nouveau leurs portes aux volontaires du monde entier.

Certes, contrairement aux images qui tournent sur les réseaux sociaux, il ne s’agira pas d’actions aussi spectaculaires que la lutte contre les flammes ou le soin à des koalas ou autres animaux mignons gravement brûlés.

Cependant, un séjour de volontariat à l’étranger devrait avant tout être appréhendé comme une expérience d’apprentissage de sa citoyenneté mondiale, et non un tourisme de la catastrophe avec un fort potentiel instagrammable. En ce sens, il faut que les futurs volontaires soient au clair sur leurs motivations et réalistes sur l’impact (forcément limité) que leur action peut avoir sur place.

Il faut également garder en tête que faire du bénévolat à l’autre bout du monde a un prix (comprendre pourquoi le volontariat en Australie, ou à l’étranger en général, n’est souvent pas gratuit pour les bénévoles).

Le bénévolat est fortement ancré dans la culture australienne

Contrairement à d’autres situations de catastrophes naturelles très médiatisées ces dernières années, ces incendies font rage dans un pays où le volontariat est très ancré dans la culture locale.

Photo : Leonard J Matthews sous licence CC BY-ND 2.0

De nombreux Australiens s’engagent en effet régulièrement dans des clubs ou initiatives près de chez eux. Seules quelques organisations sont équipées pour la venue de volontaires internationaux, car beaucoup n’ont pas les infrastructures et la logistique (hébergement, repas, prise en charge à l’aéroport, etc.) nécessaire. Beaucoup ne sont également pas habituées à devoir former des personnes qui ne parlent pas couramment anglais.

De nombreux programmes vont donc cibler spécifiquement les volontaires locaux plutôt que les étrangers.

De plus, tout comme nous en Europe occidentale, beaucoup d’Australiens ont suffisamment de ressources pour pouvoir se permettre de faire du volontariat au lieu de travailler. Cela les distingue par exemple des Népalais ou des Indonésiens, qui ont également été touchés par des catastrophes naturelles ces dernières années.

Faire un don matériel

Pompiers luttant contre un feu de brousse en Australie

Photo Helitak430 sous licence CC 4.0

De nombreux Australiens ont tout perdu suite aux incendies, qui ont causé la destruction de milliers d’habitations. Il est donc normal de considérer faire un don matériel (produits de première nécessité, vêtements, livres, jouets) à destination des communautés affectées par la catastrophe.

Pour les dons matériels comme pour le volontariat, la réponse est la même : cela aura tendance à gêner plutôt qu’à aider les professionnels qui gèrent la crise sur place, comme l’indique la directrice de GIVIT, ONG australienne venant en aide aux personnes vulnérables.

Les organisations et structures locales sont en mesure d’évaluer les besoins des sinistrés, et d’utiliser leurs fonds au mieux en accord avec ces besoins, contrairement à des donateurs basés à l’étranger.

Faire un don d’argent

Le don d’argent reste donc pour l’instant la meilleure façon d’agir. De nombreuses organisations et structures ont d’ailleurs lancé des appels aux dons, notamment pour :

(Remarque : le nombre important d’organisations australiennes différentes pour chaque cause s’explique par le fait que chacune opère pour un État bien précis.)

💡 Donner oui, mais pas n’importe comment et à n’importe qui

Les images de koalas brûlés ou de kangourous fuyant les flammes ont suscité (à juste titre) une vive émotion et déclenché une vague de dons émanant aussi bien de particuliers que de célébrités.

Or, selon Burkard Wilke de l’Institut central allemand pour les questions sociales (DZI) spécialisé dans les questions liées aux dons, un tel afflux d’argent peut être difficile à gérer pour une petite brigade de pompiers volontaires ou un sanctuaire d’animaux auparavant inconnu. Par le passé, il est arrivé que, suite à une catastrophe, des associations reçoivent « trop » de dons, et que ceux-ci ne soient pas utilisés de manière optimale. De plus, l’attention médiatique (et avec elle l’afflux de dons) portée sur une catastrophe retombe généralement brutalement, ce qui peut placer les organisations dans une situation délicate.

Nos conseils :

  • Attendez quelques semaines ou mois avant de faire un don à ces associations, afin que celles-ci continuent à recevoir des fonds même lorsque l’attention médiatique sera retombée.
  • Si vous donnez à une organisation internationale telle que la Croix Rouge ou le WWF, faites un don à l’organisme en général plutôt que pour une cause en particulier (dans le cas présent, la crise en Australie). De ce fait, l’organisme pourra utiliser votre argent de la façon la plus pertinente qui soit, en l’allouant par exemple à des crises qui reçoivent moins d’attention et où les fonds manquent.

Réfléchir à son impact écologique

Contrairement à ce que peuvent penser certains climatosceptiques, il ne fait aucun doute que cette catastrophe est liée à la crise climatique, et à l’action de l’Homme sur son environnement.

Il est donc nécessaire de se poser la question : en tant qu’Européen, se rendre en avion en Australie pour lutter contre les conséquences de ces incendies, n’est-ce pas participer au problème ?

De notre point de vue, l’empreinte écologique d’un séjour court (une semaine ou deux) en Australie ne nous semble pas compatible des valeurs de protection de l’environnement et des espèces.

À titre informatif, la distance Paris-Sydney est de presque 17 000 km (à vol d’oiseau), et la quantité de gaz à effet de serre émise pour un vol aller-retour s’élève à plus de 7 tonnes selon ce calculateur (pour comparaison, chaque Français émet environ 5 tonnes de CO2 par an selon certains calculs).

Dans tous les cas, il est toujours possible de faire des dons à des associations et projets pour « compenser » vos émissions de CO2, en utilisant des calculateurs comme celui proposé par la fondation Good Planet (recommandé par info-compensation-carbone.com, plateforme de sensibilisation aux bonnes pratiques en matière de compensation carbone).

Nous vous encourageons également à pousser la réflexion encore plus loin.

Selon nous, la principale utilité d’un séjour volontaire à l’étranger est de permettre aux bénévoles de comprendre comment les problèmes auxquels font face un pays d’accueil sont liés à notre propre mode de vie en Occident. Une mission de volontariat ne devrait pas être envisagée comme une fin en soi, mais plutôt comme la première pierre d’un engagement sur le long terme.

Dans notre vie de tous les jours, nous avons tous – surtout en tant qu’Occidentaux – un rôle à jouer pour lutter contre de telles catastrophes.

Compenser ses émissions carbone et limiter son impact écologique, cela commence en à la source, notamment en :

  • achetant des produits locaux, de saison et issus de l’agriculture biologique
  • limitant sa consommation de produits d’origine animale (viande, poisson, etc.)
  • se déplaçant en transports en commun, à vélo ou à pied
  • évitant au maximum de prendre l’avion
  • optant pour un fournisseur d’électricité qui produit de l’énergie renouvelable
  • éteignant complètement les appareils électriques inutilisés sans les laisser en mode veille
  • évitant de surchauffer son habitation en hiver ou d’avoir recours à la climatisation en été
  • etc.

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